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« Redonnons des couleurs à l’Europe » L’édito de Bertrand Rambaud

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Bertrand Rambaud, Président de Siparex

5 milliards d’euros ! C’est le montant levé par les entreprises de la French Tech au premier semestre 2021, soit presqu’autant que sur toute l’année 2020. Chiffre vertigineux qui illustre l’engouement pour ce secteur, porté notamment par la modification des usages individuels et professionnels, avec un phénomène d’accélération dû à la crise sanitaire. Ainsi, Ledger, start-up française qui conçoit et commercialise des portefeuilles de  cryptomonnaies physiques dans laquelle XAnge a cru parmi les premiers et a investi dès 2014, vient de réaliser une levée de fonds de 380 M$. Valorisée à 1,5 Md$, cette start-up est devenue, tout comme Believe qui a fait son  entrée en Bourse il y a quelques semaines, une des licornes du portefeuille XAnge qui en compte désormais 4, et d’autres à venir.

Cette actualité exceptionnelle est le fruit de l’expertise de l’équipe qui a su détecter les futures tendances et identifier ces entreprises à leur création, en prenant des risques il y a plus de 5 ans, sur des montants engagés peu importants à l’époque. Aujourd’hui, comme de nombreuses start-up françaises qui ont atteint une  certaine taille, elles voient leur financement s’internationaliser notamment par l’entrée de capitaux nord-américains, capables de miser des dizaines de millions de dollars sur des actifs à haut risque ce que peu d’Européens, à fortiori Français, n’oseront faire. Si cette différence de culture du risque, aux antipodes de celle des investisseurs américains, explique en partie la trop forte absence des acteurs français ou européens dans le financement de ces entreprises de croissance, nous pouvons regretter que des mesures ne soient pas mises en place pour préserver la souveraineté des capitaux. Au-delà de l’initiative Tibi en France, n’est-ce pas un moment historique pour lancer un fonds européen à même de soutenir la tech européenne ? Pourquoi pas dans le sillage du plan de relance de 750 milliards d’euros décidé à Bruxelles ?

En effet, la crise covid a révélé la faiblesse de la souveraineté de notre économie nationale, notamment dans le domaine de la santé, mais aussi dans la plupart des chaînes de production. Il faut à tout prix éviter que ce phénomène touche la Tech française et se reproduise dans les secteurs industriels. Je reste convaincu qu’il y a une vraie opportunité pour que l’industrie retrouve des couleurs en Europe : la multiplication annoncée des nouvelles réglementations environnementales va contraindre les entreprises à repenser leur stratégie de fabrication en y intégrant les relocalisations vertueuses et en rationalisant les chaînes de production. Comme diraient les ingénieurs d’Arianespace, une des trop rares success story en matière de coopération industrielle européenne « il y a une véritable fenêtre de tir pour que l’industrie retrouve des couleurs en Europe ».