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JEAN-PASCAL SALAÜN, PRESIDENT DE LEBHAR, « L’ART ET LA MATIERE »

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Jean-Pascal Salaün, Président de Lebhar

Peut-être faut-il emprunter à l’émouvante madeleine de Proust l’explication originelle du parcours de Jean-Pascal Salaün. Dans ses souvenirs, l’odeur du chocolat chaud mêlée à celle plus entêtante et acide du carton qui sortait des onduleuses remplace celle du thé de Combray. Il avait dix ans. Chaque samedi il rejoignait son père, alors directeur commercial d’une grande cartonnerie bretonne. À vélo il en parcourait les allées bruyantes avant la récompense du chocolat chaud. C’est ce que l’on pourrait appeler de la prédestination, car d’une certaine façon ses études d’ingénieur dans les métiers du bois, étoffées par de nombreux stages dans les cartonneries industrielles, ont tout naturellement prolongé une trajectoire nourrie de ses souvenirs d’enfance. Même si un diplôme d’HEC complétait par la suite sa formation technique par une dimension commerciale et surtout managériale. Savoir non seulement fabriquer mais aussi savoir vendre.

Indubitablement Jean-Pascal Salaün aime le concret, la présence tangible de la matière. On peut affirmer qu’un des sens qui domine chez lui est celui du toucher. À telle enseigne que parfois, au milieu d’une conversation, ses doigts miment dans le vide le geste de toucher, de modeler un de ces emballages colorés, qui sortent des unités de production du groupe. D’ailleurs ce soin apporté au design, à l’apparence esthétique des produits fabriqués par le groupe est une des clefs de sa réussite exceptionnelle, qui lui a permis de s’imposer bien au-delà de ses traditionnels clients pâtissiers et chocolatiers et de répondre aux besoins de l’ensemble des métiers de bouche. Avec son chiffre d’affaires de 50 M€, Lebhar est devenu le leader national sur le segment haut de gamme de ce marché de niche.

Entré chez Lebhar en 2007, voilà quatre ans que Jean-Pascal Salaün en est devenu le Président du directoire à l’occasion d’une opération de LBO conduite par Siparex. Lebhar n’est pas un groupe stricto sensu car les sociétés entrées dans son giron à la suite de croissances externes ont conservé leur autonomie opérationnelle « ce qui n’est pas sans exiger une grande disponibilité et une certaine agilité d’esprit tout en ajoutant beaucoup de complexité » explique Jean-Pascal Salaün. « En revanche cela permet de mieux respecter une histoire, les méthodes, la culture de chacune d’entre elles … tout ça pour dire que j’ai beaucoup de travail ! » conclut-il dans un grand éclat de rire, car si on ne peut douter un seul instant du sérieux et de la passion de l’homme qui dirige l’entreprise bourguignonne, il ne se prend pas au sérieux. Visiblement il a conservé une certaine distance avec le pouvoir et ses dérives. Serait-il tenté d’y succomber, Augustin de Jerphanion, directeur associé de Siparex Midcap serait là pour le mettre en garde. « Pour moi, l’arrivée de Siparex à nos côtés a été un aiguillon. Ce regard extérieur nous apporte beaucoup dans la mesure où il nous oblige à être plus exigeants envers nous-mêmes. Il nous oblige à réfléchir en permanence sur le devenir de notre métier » explique Jean-Pascal Salaün, avant d’ajouter que « pour une entreprise familiale avec une forte dimension humaine il est capital un jour ou l’autre d’ouvrir en grand les fenêtres pour faire entrer l’air frais du dehors. » L’image est percutante. Jean-Pascal Salaün considère que la présence d’un actionnaire extérieur aux cotés de l’équipe managériale est stimulante.

Cette passion que l’on sent vibrer derrière les mots est sans doute la principale raison pour laquelle il n’a pas hésité à prendre le relais de Jean-Marc Lebhar, lorsque ce dernier décidait de se mettre en retrait de la direction de l’entreprise familiale fondée à Gron, près de Sens, voilà près de 70 ans, tout en en restant le principal actionnaire. Pour l’entreprise, une nouvelle histoire commençait. Tout en conservant sa force de création afin de continuer à proposer des solutions techniques et esthétiques à ses clients, elle lançait un plan d’investissement industriel lourd pour s’adapter à l’évolution des boulangeries de plus en plus nombreuses à s’orienter vers la restauration boulangère, nécessitant de changer en profondeur la nature des emballages. Pas question non plus pour Lebhar de ne pas relever les défis environnementaux en substituant le carton aux actuels emballages en plastique. Cette mutation représente des perspectives de développement considérables. Nul doute qu’en fin stratège, le grand amateur d’échec qu’est Jean-Pascal Salaün les a déjà anticipées.