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L’INVITE : Guy Cormier

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Guy Cormier, Président et chef de la direction du Mouvement Desjardins

Cela fait plus de 30 ans que le groupe canadien Desjardins figure parmi les actionnaires étrangers de siparex. Une telle fidélité est rare. C’est un bien des plus précieux dans un contexte économique agité et imprévisible. Desjardins, ce sont 300 md$ canadiens d’actifs. Entré au sein du groupe en 1992, et après en avoir gravi un à un tous les échelons, Guy Cormier en est devenu président en 2016 à 46 ans seulement. Au moment où le fonds transatlantique créé conjointement par le groupe canadien et Siparex réalise ses premiers investissements, Guy Cormier a répondu à nos questions.

 

Les récentes tensions économiques entre les États-Unis et le Canada se sont-elles apaisées et si oui ont-elles laissé des traces ?

Malgré la récente suppression des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium, les incertitudes qui pèsent sur une prochaine ratification de l’ACEUM – Accord Canada Etats-Unis Mexique- inquiètent les entreprises. De plus, la montée des tensions commerciales incite la plupart d’entre elles à la prudence ce qui se traduit notamment par une progression plus faible de certains types d’investissements.

Quels sont les secteurs les plus porteurs au Canada selon vous ?

Le secteur manufacturier reste très porteur, notamment lorsqu’il intègre de nouvelles technologies. Je pense également aux services dont les exportations sont en plein essor, en particulier les plus novateurs d’entre eux, que ce soit les services aux entreprises, ou à portée scientifique ou technique. Le secteur des Technologies de l’Information et de la Communication est également en pleine croissance que ce soit le traitement des données ou de l’image ou encore avec la multiplication des plateformes de services. Par ailleurs les biotechnologies, les biomatériaux et l’industrie pharmaceutique offrent de solides perspectives de croissance.

En quoi l’Europe est-elle attractive pour les entreprises canadiennes ?

Avec l’entrée en vigueur en 2017 de l’AECG (Accord Economique et Commercial Global ou Comprehensive Economic and Trade Agreement – CETA) entre le Canada et l’Union européenne, les entreprises canadiennes peuvent désormais accéder librement à l’un des plus grands marchés au monde et accroître leur diversification géographique. Pour une entreprise canadienne, se développer en Europe signifie s’installer dans des pays modernes, avec des sociétés multi-culturelles, ayant une qualité de vie élevée et des économies diversifiées.

Estimez-vous que les liens économi- ques entre le Québec et la France sont suffisamment développés au regard d’une histoire commune qui les rend très proches ?

Avec les revirements de la Maison Blanche et l’AECG, de plus en plus d’entrepreneurs québécois souhaitent se diversifier en Europe en passant par la France. On observe un mouvement réciproque chez les entrepreneurs français qui voient le Québec comme un tremplin pour se développer au Canada.

Votre volonté à la tête de Mouvement Desjardins est comme vous l’avez dit vous-même « d’être premier dans le coeur de vos membres et clients ». Est-ce facile ?

C’est avant tout la raison d’être d’un groupe coopératif comme le nôtre qui en priorité doit répondre aux besoins de ses membres et de ses clients. Contrairement à une banque classique, notre mission n’est pas de verser des dividendes à tout prix, mais de veiller en permanence à l’intérêt de tous. Cette approche me semble être est le meilleur moyen de pérenniser un groupe coopératif.

Comment Desjardins est-il capable de se démarquer avec l’arrivée des géants du numérique comme Google dans les services financiers ?

La technologie à mes yeux ne doit pas être une fin en soi mais un outil. Quand certains ont prédit la disparition des guichets, nous avons déployé les nôtres. Pour nous la dimension humaine a plus que jamais sa place aujourd’hui et je pense qu’il en sera ainsi dans 20 ou 50 ans. Desjardins peut se démarquer de tous les Google de la terre grâce à sa proximité avec ses clients. Notre mission est claire : enrichir la vie des personnes et des communautés alors que les géants numériques sont quant à eux voués à concentrer la richesse dans les mains d’actionnaires anonymes.

Vous misez beaucoup sur la fibre entrepreneuriale de la jeunesse. Comment le Mouvement Desjardins la soutient-elle ?

Dans la prochaine décennie, beaucoup de chefs d’entreprises passeront la main à la nouvelle génération. Pour nous, il est essentiel de bien accompagner ces entrepreneurs et leur relève. Ainsi, Desjardins soutient de nombreuses organisations investies dans la formation entrepreneuriale et le mentorat. Nous finançons également des incubateurs comme Inkub, incubateur numérique lancé fin mars 2019.