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L’invité : Eric Larchevêque, CEO de Ledger

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Participation de XAnge depuis 2015, la startup de sécurisation des cryptomonnaies Ledger créée par Eric Larchevêque et ses associés Thomas France, Nicolas Bacca et Joël Podeba, ambitionne d’imposer sa technologie de pointe sur le marché mondial, aux Etats-Unis en particulier. Un défi à la portée de cet entrepreneur qui fut parmi les premiers à pressentir le développement fulgurant des cryptomonnaies comme le bitcoin. Une révolution selon lui en tout point comparable à celle d’internet dans les années 90.

Ledger, fondée en 2013, a déjà écoulé plus d’un million d’exemplaires de son « coffre-fort digital », 2 millions sans doute dès cette année, comment expliquez-vous cette croissance fulgurante ?
Evidemment elle est liée à celle des cryptomonnaies comme le bitcoin. On parle d’ailleurs plutôt aujourd’hui de crypto-actifs. Nous avons ouvert notre Maison du Bitcoin en 2014 à Paris juste après la chute de la plus importante plateforme mondiale d’échange de bitcoin MtGox. Tout le monde prédisait alors la mort de cette cryptomonnaie. Nous avons fait le pari inverse. Pour le moment les événements nous donnent raison puisque les crypto-actifs représentent aujourd’hui une capitalisation qui oscille en 300 et 400 milliards de dollars, et chaque jour ce sont plusieurs dizaines de milliards de dollars qui s’échangent sur tous les marchés mondiaux.

Le sort de Ledger, «registre» en anglais, est directement lié à l’essor des cryptomonnaies. C’est aussi un univers éminemment spéculatif.
Ce n’est pas un hasard si le bitcoin est apparu en 2008. D’une certaine façon c’était une réponse à la crise qui a manqué d’emporter l’économie mondiale. Le système avait failli, il fallait trouver autre chose. De ce point de vue la cryptomonnaie bitcoin est une technologie révolutionnaire qui permet de créer de la confiance de manière décentralisée et individualisée. C’est à la fois un actif et une monnaie qui permet à tout un chacun d’échanger par internet des valeurs – des tokens – libellés en bitcoins, de façon instantanée et sécurisée avec un coût très faible. La banque centrale du bitcoin est un algorithme qui obéit à des règles définies à l’avance qu’on ne peut absolument pas modifier. Le nombre de bitcoins en circulation a été arrêté une fois pour toutes. Quand il y a une forte demande les cours montent et quand la demande faiblit, le cours s’infléchit, c’est normal. Ces dernières années les cryptomonnaies ont démontré leur forte capacité de résilience, c’est-à-dire qu’aucun gouvernement, aucune entreprise, aucun acteur n’a pu les mettre à mal.

Comment se présente votre coffre-fort digital, qui n’a rien de virtuel ?
D’aspect, il ressemble à une simple clé USB qui permet d’effectuer tous les types de transactions en cryptomonnaies, achats, paiements, réservations et cela en toute sécurité et discrétion. Sa nouvelle version intègre un écran où l’on peut vérifier ce que l’on signe, un ordre qui n’est donc plus passé à l’aveugle.

En quoi votre coffre-fort digital est-il différent des autres systèmes de sécurisation présents sur le marché ?
Quand on parle de cryptomonnaies, ce qu’on possède vraiment c’est une clé privée. Tous les modèles de sécurisation résident dans la capacité de garder ces informations critiques en toute sécurité et confidentialité. Notre clé, le nanoS, a intégré le savoir-faire très français de la carte à puce qui permet une sécurité élevée. Nous sommes les seuls dans le monde à l’avoir fait, d’où sans doute notre succès. En fait le nanoS, la clé fabriquée par Ledger, est une combinaison de hardware et de software. C’est un véritable système informatique embarqué qui va se connecter sur votre ordinateur au moyen d’un simple câble USB. Il va réclamer un code de 24 mots qui authentifie votre signature, ce qui interdit par exemple toute intervention d’éventuels hackers sur votre système. Disons-le autrement, on ne peut pas piller votre coffre-fort digital. Nous en avons déjà vendu plus d’un million d’exemplaires dans 165 pays. Un tiers en Europe, un autre tiers aux Etats-Unis et le dernier en Asie. C’est d’autant plus un motif de fierté dans l’entreprise qu’il est difficile de percer sur le marché mondial avec un produit d’électronique grand public conçu et fabriqué en France.

Plus précisément à Vierzon, pourquoi ?
En raison d’une dimension affective d’abord. J’ai passé toute mon enfance à Vierzon où mon grand-père avait créé une fabrique de porcelaine qui a périclité dans les années 80. Pour moi ce fut une façon de rester fidèle à mes racines. C’est aussi une véritable fierté d’avoir pu implanter une unité industrielle dans cette ville qui comme beaucoup d’autres est sinistrée. L’an dernier Ledger est l’entreprise qui a créé le plus d’emplois dans cette ville.

Que faites-vous à Vierzon ?
Nous y avons développé, outre la production, des activités de logistique, d’assistance client et d’ingénierie, ce qui représente une cinquantaine d’emplois contre 80 localisés à Paris. Disons que pour moi cela appartient au registre de l’émotion de pouvoir participer à la réindustrialisation de la région et de poursuivre l’histoire familiale.

A l’avenir, les utilisations de votre coffre-fort digital pourront-elles s’étendre à d’autres domaines ?
Je ne vous cache pas que notre ambition est de créer un géant européen des applications de la blockchain. La première étape c’est l’électronique grand public avec ce coffre-fort digital. La seconde visera les entreprises et les services et nous avons lancé des solutions pour les institutions financières. A plus long terme, ce sera l’internet des objets ou tout ce qui touche à l’énergie. Par exemple, permettre à la voiture autonome de payer directement son électricité lorsqu’elle rechargera par induction ses batteries à un feu rouge. Comme vous pouvez le constater, Ledger dispose de solides relais de croissance.